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Ma fille de 15 ans s’est convertie à l’islam, notre vie est chamboulée.

Mar 17, 2024 | 0 commentaires

Il y a 9 mois, ma fille Léa âgée de 15 ans, s’est convertie à l’islam. Elle a changé ses habitudes alimentaires, elle a mis le voile et a rompu avec toutes nos habitudes familiales. Mais à présent elle demande de mettre le Jilbab. Je n’en peux plus.

Contexte

Marie est une femme de 39 ans, mère de 3 enfants : de 10, 15 et 17 ans. Elle est séparée du père de ses enfants depuis plus de 6 ans. Elle est séparée du père de Léa depuis plus 6 ans. Celui-ci a une nouvelle compagne. Il ne s’implique plus dans l’éducation de ses enfants.

Marie décrit des conflits incessants depuis plusieurs mois avec Léa. En cause, sa conversion à l’islam. La pratique religieuse de Léa a bouleversé certains rituels familiaux et désorganisé le mode de vie, les règles et les habitudes familiales. Les regroupements familiaux, les fêtes d’anniversaires, de Noël, de Pâques sont exclues de la nouvelle vie de Léa. Elle s’isole dans sa chambre et ne partage plus avec sa famille les moments festifs ni même les repas. Elle rompt progressivement avec ses amis. Elle plonge dans les lectures sur l’islam et le visionnage de vidéo de prêche religieux sur YouTube, et plus l’algorithme l’enferme dans cette bulle de filtrage,  plus ses nuits sont courtes.

Marie aimerait bien comprendre ce qui motive autant cette soif d’apprendre toujours davantage sur l’islam et rechercher une pratique rigoriste. Elle ne comprend pas comment sa fille a pu adhérer aux traditions religieuses d’une communauté qu’elle ne connaît pas et ne côtoie qu’à peine dans son environnement scolaire. Elle se demande quel bénéfice peut avoir sa fille à troquer son mode de vie plutôt simple et confortable pour une pratique religieuse plutôt contraignante et incompatible avec la vie moderne.

Ne voulant pas perdre sa fille, Marie a tenté différentes actions. Elle s’est efforcée au début d’accepter le choix de sa fille en l’accompagnant dans sa quête spirituelle. Elle lui a acheté un livre sur l’islam, lui a offert un tapis de prière et a veillé à respecter ses choix alimentaires. Elle a tenté le dialogue pour comprendre les raisons de la conversion à cette religion en particulier, questionnant le sens d’une pratique si contraignante et incompatible avec la vie moderne.

Léa répond calmement, de manière érudite et savante en illustrant avec des versets coraniques. Marie n’avait jamais vu cette facette de sa fille, déterminée, entêtée et défiante. Elle est à bout de patience. Elle a croisé bon nombre de musulmans dans sa vie mais elle n’a jamais observé dans leur comportement cette radicalité religieuse que sa fille affiche fièrement. Elle a alors consulté un collègue de confession musulmane pour lui demander s’il y aurait un moyen de « sortir sa fille de cette folie ». Il lui a répondu : « C’est une ado, ça lui passera ».

Elle a ensuite invité à dîner une ancienne voisine et son époux, tous deux de confession musulmane, dans l’espoir qu’ils éclairent sa fille et la convainquent de s’éloigner de la voie de la radicalité.

Bien que les échanges se soient déroulés calmement et dans le respect mutuel, Léa s’est mise dans une telle colère contre sa mère une fois les invités partis. Elles ne se sont plus adressées la parole durant deux semaines.

Le changement de comportement de Léa devient le sujet phare de la famille élargie. Certains alertent Marie quant à une éventuelle radicalisation et un engagement dans un mouvement radical voire terroriste.

Plus récemment, Léa a décidé de porter le jilbeb (une tenue ample et longue qui couvre tout le corps sauf le visage). Marie trouve que sa fille se radicalise et craint qu’elle ne se fasse agresser dans la rue à cause de cette tenue ou qu’elle fasse la rencontre d’une personne malintentionnée qui la séduit par des projets mortifères. Elle tente de raisonner sa fille lui expliquant qu’elle en arrive à son âge à se voiler alors que les femmes se sont battues longtemps et durement pour l’émancipation de la femme, pour sa liberté et pour l’égalité homme-femme. Léa rétorque à sa mère : « mais qu’est-ce que vous avez gagné avec cette liberté et cette soi-disant égalité. Regarde-toi, tu passes ton temps à trimer toute la journée et te plaindre chez toi le soir ? ».

Marie est à court d’arguments et ne supporte plus ces dialogues de sourds perpétuels. Mais, soucieuse de préserver une relation apaisée avec sa fille, elle négocie un report du port de cette tenue après le Baccalauréat. Léa campe sur sa position.

La tension a baissé durant quelques semaines. Léa s’est volontairement mise à participer aux tâches ménagères au grand bonheur de sa mère. Celle-ci y voyait un signe du retour à la raison. C’est à ce moment que Léa lui annonce un soir : « maman, tu sais le rôle d’une bonne musulmane c’est de s’occuper de son mari et de l’éducation de ses enfants ; c’est pour ça que ça sert à rien que je continue d’aller au lycée ».

Mère et fille sont entrées alors dans un cycle de violence verbale qui a fini par impacter l’ensemble de la cellule familiale créant une fracture sans précédent.

Marie ne supporte plus les revendications incessantes de sa fille. Elle ne supporte plus ses attitudes défiantes. Elle s’aperçoit que Léa n’est plus sa petite fille douce et obéissante qu’elle était il y a à peine deux ans. C’est à présent une étrangère. Elle est en colère et au bord de l’épuisement mental.

Eléments d’éclairage

Comme Léa, quelques milliers de filles et de garçons, âgés entre 12 et 25 ans, se sont convertis à l’islam en France depuis 2012. Ils s’appliquent à pratiquer un islam dit authentique. Pour valider leur légitimité de musulmans, ils se documentent sur l’islam, adhèrent aux croyances les plus radicales, adoptent les codes vestimentaires les plus conformes au rigorisme religieux et un mode de vie polarisant l’islam dans tous les aspects de leur vie quotidienne.

 Mais comment en sont-ils arrivés là ?

Pour la grande majorité de ces jeunes, il s’agit tout d’abord d’une rencontre physique ou virtuelle avec une personne qui les invite à se convertir à l’islam. Cette rencontre est, dans un premier temps, chaleureuse et généreuse. La personne (quelques fois il s’agit d’un petit groupe) est disponible, compréhensive et chaleureuse. C’est, en effet, rassurant et réconfortant.

Pour certains jeunes, l’islam arrive par des réseaux de pairs (camarades de classe, de clubs de sport, de jeux et loisirs …). Ce sont de jeunes prosélytes qui mettent un point d’honneur à faire convertir leur entourage, jusqu’à harceler de leurs convictions et de l’obligation salvatrice d’embrasser l’islam.

L’offre de conversion à l’islam est présentée aux jeunes comme La Solution à leur mal-être ou à leur désespoir. A d’autres, il est présenté comme le seul moyen de soulager leurs blessures et leurs traumatismes ou encore leur sentiment de frustration ou d’échec. La pratique des préceptes de l’islam est présentée comme un baume pour les blessures d’injustice, d’humiliation ou de rejet, comme un moyen de panser la douleur d’un deuil ou d’un échec, … et dans tous les cas, ils seraient récompensés dans l’au-delà.

Le salafisme est une offre qui s’est répandue en France dans bon nombre de territoires. Le salafisme est une des variantes de l’islamisme qui s’appuie sur les textes sacrés et dicte une pratique ultra-orthodoxe de l’islam et présente l’authenticité comme voie unique et seule valide de la pratique de l’islam.

Le salafisme s’appuie sur une doctrine qui assume une rupture avec les valeurs des sociétés européennes tels que la mixité, la modernité, le progrès, les libertés, la laïcité, … en vertu d’une observance stricte et littéraliste des écritures sacrées.

La pratique de cet islam dit « authentique » donne une impulsion, un cadre et un sens à tous ceux et celles qui ont une volonté de changement ou de rejet de la société telle qu’elle est aujourd’hui.

Du côté des jeunes, les motifs de conversion à l’islam et l’adhésion à une idéologie radicale sont multiples et varient d’une personne à l’autre. Certains se convertissent pour des motifs propres à eux ; ils y trouvent des bénéfices secondaires. D’autres sont convaincues que ce rigorisme religieux serait un moyen de rédemption ou de bonne conduite. d’autres jeunes tendent à satisfaire un besoin psychologique d’appartenance ou de reconnaissance par exemple. Certains sont simplement attirés par le mainstream ou par un besoin de se démarquer. Pour certains jeunes, c’est une manière de fuir le monde réel, fuir la pression de nos sociétés qui prônent la réussite et la performance comme seul moyen d’accéder à sa propre valeur.

Les jeunes sont une proie facile face à des personnes résolument prosélytes. Ils sont fascinés par leur rhétorique et séduits par l’offre d’un idéal et d’une meilleure image d’eux-mêmes.

Ces jeunes vont ensuite chercher à légitimer leur identité de musulmans. Ils se documentent sur divers supports plus ou moins fiables ; ils consomment à outrance des vidéos de prédicateurs à l’éthique douteuse et le prêche équivoque voire dangereux.

Dans un prochain article, j’explorerai la position des parents et fournirai des informations éclairantes sur les mécanismes psychologiques à l’œuvre dans le rapport des adolescents et des filles, avec l’islam radical. Je reviendrai également sur le cas clinique de Léa et partagerai l’approche thérapeutique que j’ai entreprise avec elle.

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